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Histoire militaire

Un char pendant une patrouille en Bosnie

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Le recours à la force par les casques bleus : la mise en application de l’entente de Medak en septembre 1993

par Kathia Légaré et Lisa Tanguay

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Introduction

L’Organisation des Nations unies (ONU) s’est engagée, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, à maintenir la paix et la sécurité internationales. L’ONU emploie différents moyens pour remplir ce mandat. Le maintien de la paix est une des méthodes de résolution de conflit qu’elle privilégie. L’usage minimal de la force est une caractéristique inhérente aux opérations de paix qu’elle chapeaute1. Nonobstant ce fait, depuis la première opération de paix armée menée en 1956, la norme relative à l’emploi de la force au sein des missions onusiennes a évolué au gré des événements et selon l’interprétation de la notion traditionnelle d’autodéfense. Elle a d’ailleurs contredit l’idéal de non-violence incarné par le maintien de la paix à quelques occasions. Il n’existe aucune doctrine onusienne officielle régissant l’usage de la force, et certaines opérations menées par des Casques bleus se sont avérées inefficaces, puisque leurs mandats et leurs moyens ne correspondaient pas aux contextes dans lesquels elles évoluaient. L’usage de la force, du moins la possibilité d’employer la coercition pour se défendre, procure pourtant la crédibilité nécessaire à l’efficacité des Casques bleus : « [...] l’incapacité des troupes de l’ONU à utiliser la force pour se défendre elles-mêmes provoquerait une perte de crédibilité pour l’ONU et ses opérations et contribuerait à renforcer l’idée répandue de l’impuissance et de la malléabilité des soldats de la paix2. » Dans le cadre des opérations traditionnelles de maintien de la paix, telles que conçues en 1956, le recours à la force était vraisemblablement minimal. Toutefois, lors de conflits complexes dans le contexte de l’après-guerre froide, l’emploi de la force durant les opérations de paix s’est accru.

Le présent article prétend que, si le recours à la force par les Casques bleus est issu d’un calcul judicieux entre crédibilité de la mission et consentement des parties, il peut procurer de grands bénéfices et accroître l’efficacité des opérations de paix. Il nécessite pourtant des conditions militaires et politiques difficiles à réunir. Or, l’emploi de la force est conditionnel, et cette apparente sélectivité est préjudiciable. À l’aide d’une étude de cas, l’Opération de Medak qui s’est déroulée en septembre 1993 en Croatie, et afin de tester l’hypothèse soutenue, nous analyserons les conditions d’un recours à la force efficace lors d’une opération de paix complexe dans le contexte de l’après-guerre froide. En l’absence d’une doctrine onusienne régissant l’emploi de la force durant la période étudiée (1956-1993), l’élargissement graduel de la notion d’autodéfense sera étudié afin de définir un cadre normatif pour l’Opération de Medak. Cette partie permettra de comprendre, dans un premier temps, que l’élargissement de cette notion eut comme principal intérêt l’efficacité des missions onusiennes; elle définira également le cadre théorique ainsi que la conjoncture internationale qui bordent l’étude de cas présentée subséquemment. C’est en situant l’opération de paix choisie dans son contexte que sera mise en lumière sa spécificité. Le cadre théorique, en d’autres termes le contexte doctrinal, mettra quant à lui en évidence l’importance de la décentralisation du pouvoir décisionnel en ce qui a trait au recours à la force afin de compenser l’absence d’une norme officielle. L’intérêt de cette démarche est triple. Il tient d’abord du fait qu’elle illustre la transition, dans les opérations de paix, du maintien à l’imposition de la paix. Il provient ensuite du fait que cette période transitoire souligne les difficultés reliées à l’adaptation du concept d’autodéfense à un contexte nécessitant de plus en plus l’usage de la force. Il repose ultimement sur la démonstration de l’utilité circonstancielle de la coercition par les Casques bleus afin de pallier l’absence d’une norme tenant le milieu entre le maintien et l’imposition de la paix.

Un soldat de la paix canadien Un soldat de la paix canadien

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L’ONU et l’usage minimal de la force

D’emblée, et ce, encore aujourd’hui, l’ONU n’a aucune doctrine régissant l’application de la force durant les opérations de paix. C’est en 1956, au cours de la première opération de paix armée orchestrée par la Force d’urgence des Nations unies (FUNU I) que les principes fondamentaux définissant les opérations traditionnelles du maintien de la paix furent établis. Il s’agit de l’impartialité, du consentement des parties et de l’usage minimal de la force. Les parties en conflit consentaient alors à la présence d’une force de médiation mandatée par l’ONU à la condition que celle-ci soit impartiale. Le consentement des parties était, quant à lui, indispensable à la tradition westphalienne de l’inviolabilité de la souveraineté des États, perpétuée par l’ONU3. Cette première opération de maintien de la paix était déployée au cœur d’un conflit entre des États, et les Casques bleus opéraient dans une zone préalablement pacifiée, où leurs principales tâches étaient de s’interposer entre des forces clairement identifiées et de maintenir le cessez-le-feu. Un droit fondamental à l’autodéfense au sens strict du terme était prévu. Celui-ci reconnaissait le droit inhérent du soldat, en tant qu’individu, et de l’ONU, en tant qu’État, de se défendre contre toute agression4. La norme régissant le recours à la force était établie : il s’agissait de ne pas l’employer à moins que la défense soit légitimée par une agression et, le cas échéant, l’utiliser de manière minimale et en dernier recours. Cette facilité apparente fut rapidement bouleversée par la nécessité, lors de conflits ultérieurs, d’interpréter l’autodéfense en fonction de situations complexifiées.

L’élargissement de la norme relative à l’utilisation de la force

L’emploi de la force par des soldats de la paix est une affaire délicate qui comporte des risques. Les Casques bleus pourraient être perçus comme l’une des parties au conflit, ce qui compromettrait leur impartialité. Ils risqueraient de porter préjudice à un des acteurs, ce qui mettrait en péril le consentement des parties. Ils pourraient également faire une mauvaise interprétation de la situation exigeant le recours à la force, ce qui pourrait générer des abus et enclencher une escalade de la violence. Historiquement, la norme relative à l’usage de la force s’est adaptée à la nature des conflits où elle fut appliquée. La norme établie en 1956 par la FUNU I convenait à la crise du canal de Suez, puisqu’elle fut spécialement modelée à ce conflit. Toutefois, la définition du maintien de la paix traditionnel ne répondait qu’à très peu de réalités, particulièrement lorsque des Casques bleus intervinrent dans des conflits où il n’y avait pas d’accord politique.

La guerre qui sévit au Congo à partir de 1960 a incité l’ONU à intervenir pour la première fois dans un conflit où il n’y avait pas de ligne de cessez-le-feu, pas de règlement politique et aucune stabilité5. Les troupes de l’Opération des Nations unies au Congo (ONUC) étaient déployées au cœur d’une guerre civile, et la contradiction entre les moyens consentis et les tâches qu’elles devaient accomplir posait problème. Les principes fondamentaux établis en 1956 étaient caducs, et la notion d’autodéfense fut réinterprétée afin de permettre aux Casques bleus de se défendre et de défendre leur mission lorsque compromise. La crise congolaise permettait de constater qu’une carence doctrinale et un manque de flexibilité quant à l’usage de la force par les Casques bleus représentaient des obstacles au bon fonctionnement des opérations de paix complexes. C’est pour éviter l’impasse dans laquelle les Casques bleus se sont trouvés au Congo et pour assurer une plus grande efficacité des opérations de paix dans des théâtres traditionnels et complexes que l’ONU procéda à une redéfinition de l’usage de la force basée sur un élargissement de la notion d’autodéfense. Dès 1964, lorsque l’ONU créa la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), le Secrétaire général de l’ONU, U Thant, considéra les leçons tirées de l’expérience congolaise en étendant l’autorisation d’utiliser la force. Celle-ci pouvait donc être employée contre « toute tentative d’empêcher par la force l’UNFICYP d’accomplir les fonctions ordonnées par son commandant6 ».

L’élargissement le plus significatif de la notion d’autodéfense découle du mandat accordé à la Deuxième Force d’urgence des Nations unies (FUNU II). C’est afin de définir le mandat de la FUNU II, une opération créée le 25 octobre 1973 à la suite de la reprise du conflit entre l’Égypte et Israël, que le concept de défense de la mission fut introduit. Nonobstant le caractère traditionnel de cette opération de paix au moment de sa création (impartialité, consentement des parties et usage minimal de la force), le Secrétaire général Kurt Waldheim proposa l’adoption de ce concept inédit dès la rédaction du mandat initial de la FUNU II. La défense de la mission élargissait la notion d’autodéfense pour inclure « toute tentative d’empêcher, par la force, un contingent d’accomplir ses fonctions sous le mandat du Conseil de sécurité7 ». Certains analystes voient dans la possibilité de défendre le mandat d’une mission onusienne un net glissement du maintien de la paix vers l’imposition de la paix, habituellement orchestré sous le Chapitre VII de la Charte de l’ONU : « Permettre à une force de prendre des actions concrètes pour défendre son mandat n’est pas différent que de lui permettre de l’imposer8. » En dépit de ce glissement, la notion de défense de la mission découle directement de l’élargissement du concept d’autodéfense au sens où l’entendait l’ONU en 1956. Bien que ses moyens s’apparentent à ceux utilisés pour imposer la paix, le concept de défense de la mission est associé à celui d’autodéfense dans ses fondements. Théoriquement, s’il s’agissait d’une politique d’imposition de la paix selon le chapitre VII de la Charte de l’ONU, le consentement des parties ne serait pas requis, alors qu’une opération de paix autorisée à employer la force pour défendre la mission est obligée d’agir avec le consentement des parties. Cette notion octroie d’ailleurs au Conseil de sécurité de l’ONU un plus grand contrôle sur l’usage de la force, puisque c’est à ce dernier que revient le pouvoir décisionnel plutôt qu’au commandant d’une opération9. Une fois l’usage de la force autorisé par le Conseil de sécurité, le commandant d’une opération possède toutefois une latitude considérable quant à l’interprétation des conditions nécessitant son usage. Celui-ci est donc régulé tant au niveau stratégique (Secrétaire général de l’ONU) qu’au niveau opérationnel (commandant de la force)10. C’est, entre autres, ce qui explique la décentralisation du pouvoir de décider à quel moment et dans quelles circonstances la force sera utilisée.

En moins de deux décennies, la norme relative à l’usage de la force dans les opérations de paix est passée de l’autodéfense à la défense de la mission. Cette nouvelle notion servit de cadre normatif dans les opérations onusiennes ultérieures. Sans contredire les notions d’impartialité et de consentement des parties, la défense de la mission s’éloigne toutefois de l’usage minimal de la force, qui est pourtant une caractéristique traditionnelle du maintien de la paix. Cet éloignement possède certains avantages. Il permet, entre autres, une plus grande adaptabilité des opérations de paix aux théâtres opérationnels, quels qu’ils soient. Dans le contexte de l’après-guerre froide et en dépit d’une doctrine officielle, cette notion permit une plus grande flexibilité aux commandants des diverses forces onusiennes. La notion de défense de la mission servait d’ailleurs d’unique compromis entre le maintien de la paix traditionnel (Suez – Chapitre VI de la Charte de l’ONU) et l’imposition de la paix (Corée et Golfe – Chapitre VII de la Charte de l’ONU), ce qui explique qu’on la désigne souvent selon l’épithète officieuse de chapitre VI 1⁄2.

L’instrument de prédilection des opérations de paix est la négociation; toutefois, puisqu’elles sont conduites par des forces armées, la puissance de feu reste un outil de dernier recours. Ainsi, il semble justifié d’avancer l’hypothèse selon laquelle une combinaison équilibrée entre ce que David Last désigne comme les combat skills et les contact skills11, c’est-à-dire un juste équilibre entre les moyens militaires et les moyens politiques et diplomatiques, puisse, une fois certaines conditions réunies, rendre efficace l’usage de la force par les Casques bleus lors des opérations de paix. Le présent article démontrera la validité de cette idée qui, grâce à une latitude doctrinale ainsi qu’à des volontés politiques et militaires spécifiques, fut confirmée par l’Opération de Medak.

Un soldat de la paix canadien

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Les soldats canadiens assument la responsabilité de l’hôpital psychiatrique de Fojnica en Bosnie.

L’Opération de la poche de Medak

L’Opération de Medak eut lieu deux ans après la création, en 1991, de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU), assemblée afin de contribuer à rétablir la paix compromise par la crise du démembrement de la Fédération yougoslave. Bien que subordonnée à la cessation des affrontements entre les parties et conditionnelle à l’assentiment de celles-ci, l’entrée en service de la FORPRONU en Croatie fut caractérisée par de multiples violations du cessez-le-feu. Déployée en mars 1992 avec le mandat de superviser le retrait de l’Armée populaire yougoslave, de démilitariser les parties et d’assurer la protection de trois zones protégées de Croatie (en Slavonie orientale et occidentale et dans la Krajina), la FORPRONU a dû gérer sur le terrain les conséquences d’un blocage politique12. Le Plan de maintien de la paix des Nations unies (ou Plan Vance), négocié entre d’une part les gouvernements de Zagreb et de Belgrade et d’autre part les autorités serbes de Knin dans la Krajina, n’était en fait qu’une entente intérimaire destinée à apporter une solution politique à la crise yougoslave. Il visait à mettre en place les conditions de paix et de sécurité qu’exige la négociation, ainsi l’opération de paix mise en place pour le mettre en application ne préjugerait en rien de l’issue de cette négociation13. Concrètement, la FORPRONU devait maintenir le statu quo, alors que la Conférence sur la Yougoslavie dénouait l’impasse politique. Le conflit s’envenima néanmoins avec le déclenchement des hostilités en Bosnie-Herzégovine, en avril 1992.

La situation était alors très hasardeuse, le discours des grandes puissances et des organisations internationales tranchant cruellement avec la réalité sur le terrain. Alors que l’accent était mis sur le rétablissement de la souveraineté de la Croatie, les stratégies employées et les moyens déployés par les pays occidentaux n’étaient visiblement pas suffisants pour venir à bout des rebelles serbes, résolus à maintenir leur mainmise sur la Republika Srpska Krajina. Dès janvier 1992, la Communauté des États européens reconnut la souveraineté internationale de la Croatie : une initiative jugée « explosive » par le Secrétaire général, mais qui n’empêcha pas l’admission du pays à l’ONU dès mai 199214. Cette reconnaissance internationale allait accorder une légitimité supplémentaire aux revendications de la Croatie et ainsi renforcer la détermination de Zagreb à ne pas laisser le statu quo devenir un état de fait. Concrètement, la Krajina restait séparée de la Croatie, une indépendance assurée dans les faits par la présence des troupes de l’ONU. L’absence complète de coopération des rebelles serbes, leur refus catégorique de reconnaître la souveraineté de la Croatie, avait rendu improbable, du moins à court terme, une solution négociée. En septembre 1992, le Secrétaire général reconnaissait l’impasse. La situation devenait de plus en plus intenable : « Les tentatives faites par les autorités de Knin d’utiliser la présence des Nations unies pour chercher à établir leur “indépendance” sont [...] contraires aux fins visées par le plan. [De l’autre côté, les Croates] donnent l’impression que Zagreb a l’intention de résoudre la question par des activités militaires plutôt que par la négociation15. » Déjà le règlement militaire du différend paraissait devenir probable; Zagreb donnait de plus en plus de signes d’impatience et de bellicisme.

Dans ce contexte stratégique précaire, l’absence d’un règlement politique, même embryonnaire, eut des répercussions importantes aux niveaux tactique et opérationnel16. La gestion de la violence sur le terrain s’est vite avérée complexe. Bien que la FORPRONU ait été investie du droit à l’autodéfense ainsi que du droit de défendre sa mission, tel que défini en 197317, les contingents étaient appelés à recourir le moins possible à la force. Ils devaient évaluer eux-mêmes les situations qui l’exigeaient et réunir les conditions nécessaires à leur défense et à celle de leur mission18. En effet, en raison de l’inexistence d’une doctrine officielle et en l’absence d’un mandat clair, l’emploi de la force était régi par les conventions sur le statut des forces, les instructions permanentes d’opérations et les règles d’engagement19. Ces règles représentaient le principal moyen par lequel l’ONU pouvait fournir des directives à ses commandants sur l’usage de la force, alors que les messages politiques quant à la direction de la mission étaient contradictoires20.

Des chars pendant une patrouille en Bosnie

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La stratégie à double face de la Croatie

Malgré les mises en garde officielles de l’ONU, la Croatie était de plus en plus tentée par une résolution militaire du conflit avec sa minorité serbe. Avant tout, le gouvernement croate voulait empêcher la création d’un proto-État serbe, qui couperait la Croatie en deux. Depuis l’été 1991, les milices serbes contrôlaient en effet le quart de la Croatie et menaçaient constamment d’isoler la partie sud du pays. Conduit par une coalition (incluant des groupes radicaux ultranationalistes arborant les symboles du régime fasciste oustachi de la Deuxième Guerre mondiale), le gouvernement croate, ayant acquis une position de force, allait tenter de faire pencher militairement la balance en sa faveur.

Zagreb jouait sur deux tableaux : l’un diplomatique et l’autre militaire. Du côté diplomatique, le gouvernement Tudjman poursuivait son bras de fer avec le Conseil de sécurité, qui cherchait à renouveler le mandat de la mission. Une prorogation qu’il soumettait à une série de conditions, exigeant notamment du Conseil de sécurité qu’il applique de façon plus musclée ses propres résolutions reconnaissant le contrôle croate des zones protégées. Dans une série de lettres envoyées au Conseil, les autorités croates réitérèrent de façon pressante ces demandes et dénoncèrent de façon véhémente l’absence d’avancées sur le terrain. Le mandat allait être prorogé de jour en jour et de mois en mois, jusqu’à ce qu’en octobre 1993, le gouvernement Tudjman accepte finalement de prolonger le mandat de la force de l’ONU jusqu’au 21 mars 1994.

Confiant de la légitimité internationale procurée par le statut de victime de l’agression serbe et par la reconnaissance internationale de sa souveraineté, la Croatie a activé son front militaire. Forte de sa nouvelle armée et impatiente de réintégrer les territoires reconnus, le gouvernement enclenche une campagne militaire qui devait s’interrompre après l’Opération de Medak. Lancée le 22 janvier 1993, alors que les négociations pour la prorogation du mandat de la FORPRONU étaient à leur plus fort, l’offensive de Maslenica atteignit rapidement ses objectifs, malgré les protestations officielles et la présence sur le terrain de troupes de l’ONU. Les troupes croates s’emparèrent alors de positions stratégiques dans la région de Maslenica et repoussèrent les forces serbes vers l’intérieur du pays21. Cette incursion visait à tester la résistance des forces serbes, affaiblies par le redéploiement des forces de Belgrade vers la Bosnie-Herzégovine, mais aussi par la tolérance de la communauté internationale, notamment par l’intermédiaire des Casques bleus. En réaction à cette incursion, les Serbes investirent les dépôts d’armes supervisés par les forces de l’ONU. Celles-ci assistèrent, impuissantes, à la remilitarisation des zones protégées, qui allait, par le fait même, emporter la confiance fragile qu’avaient alors les groupes serbes en l’ONU.

Le Conseil de sécurité réagit rapidement à cette violation de l’entente de paix en demandant l’arrêt immédiat des hostilités et le retrait des zones protégées22. La Résolution 807 (le 19 février 1993) invoqua pour la première fois et directement le chapitre VII de la Charte et réaffirma le droit des forces de l’ONU à la liberté de circulation23. S’entama alors une ronde de négociations de cessez-le-feu, encore une fois caractérisée par la mauvaise foi des deux parties : les forces serbes refusant de rendre les armes et les forces croates bloquant l’accès des Casques bleus aux zones occupées en janvier 1993. Le fragile accord d’Erdut, signé en juillet 1993, ne fit pas long feu : face au refus des Croates de se retirer des positions saisies, les rebelles serbes bombardèrent le pont de Maslenica, enclenchant de nouveau le processus d’escalade de la violence.

Alors que les discussions battaient de l’aile, les forces croates redémarrèrent leurs actions de reconquête, pièce par pièce, en lançant cette fois une offensive sur le saillant de Medak. À partir de cette excroissance dans la ligne de confrontation, les rebelles serbes attaquaient régulièrement la ville de Gospic, le quartier général croate pour cette zone, ce qui fournit un justificatif à Zagreb. Le 9 septembre, alors que les Casques bleus se préparaient à faire respecter les termes de l’entente, les troupes croates attaquèrent le saillant, puis, dans un mouvement de tenailles, occupèrent les villages serbes qui s’y trouvaient.

Sans grande importance stratégique, cette « zone rose », limitrophe à la zone protégée, avait un statut incertain, qui devait être régularisé par une commission mixte24. Ces zones devaient en effet être réintégrées à la Croatie par la négociation, au même titre que les « zones protégées ». Entre-temps, elles avaient été placées sous la surveillance de la FORPRONU25. Parmi les régions sous la supervision de l’ONU à ce moment-là, le secteur sud était de loin le plus instable; alors que le secteur ouest (en Slavonie) avait été relativement pacifié et démilitarisé, la Krajina restait volatile et fortement militarisée26. Comme le décrivait le lieutenant-colonel Jim Calvin, commandant du bataillon, au Comité permanent de la Défense nationale et des Anciens combattants, il s’agissait d’un environnement opérationnel complexe où sévissait une guerre ouverte, ponctuée des tirs réguliers des mortiers et des chars d’assaut27.

Le pont Maslenica

Photo by Kathia Légaré and Lisa Tanguay

Le pont Maslenica a depuis été reconstruit.

Restaurer la crédibilité de la mission

Ayant réussi à mettre en déroute les Casques bleus en janvier 1993, les troupes croates croyaient pouvoir réaliser le même exploit à Medak et ainsi récupérer progressivement la Krajina sans conséquence politique importante. Les autorités croates testaient ainsi la détermination de la FORPRONU et de la communauté internationale à faire respecter l’entente de paix. Les actions militaires croates menaçaient de mettre définitivement un terme à la situation de paix relative.

Le général Jean Cot, commandant de la FORPRONU, n’entendait pas laisser les autorités croates anéantir les mois d’efforts investis dans la stabilisation du secteur; il mit en place une stratégie à la fois défensive (entre autres, l’opération Backstop) et offensive pour restaurer la crédibilité de la mission. À ses yeux, une démonstration de force semblait essentielle à la poursuite du mandat. L’ONU avait jusqu’alors été incapable de réaliser ses promesses; il fallait cette fois-ci rectifier la situation et faire respecter la volonté de l’organisation28. Le général Cot choisit d’utiliser un bataillon d’infanterie canadien, le deuxième bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, ainsi que deux compagnies mécanisées françaises : des troupes bien équipées et entraînées, qui terminaient alors leur rotation en Yougoslavie et avaient déjà fait leurs preuves dans le secteur ouest. Elles furent déplacées d’un secteur à l’autre en un temps record (dans l’objectif, selon certains, d’impressionner les troupes croates) en prévision de la signature de l’entente d’Erdut. L’assaut du 9 septembre mit un terme à ces négociations de paix, mais les bombardements serbes sur Karlovac et l’emploi de missiles à longue portée Frog contre Zagreb forcèrent le gouvernement Tudjman à signer l’entente de Medak29. Ce nouveau cessez-le-feu créa l’opportunité attendue de mettre un terme à l’escalade de la violence par les forces de l’ONU. En démontrant aux autorités croates la résolution des Casques bleus à faire cesser les activités militaires illicites, le commandant de la force espérait restaurer la crédibilité de la mission, alors minée par l’incapacité des organes politiques à résoudre le conflit. Cette stratégie d’intervention poussait à leur limite l’interprétation des principes du maintien de la paix parce que, tout en préservant le consensus global des parties et la neutralité des Casques bleus, elle appliquait de façon musclée le mandat qui leur avait été confié.

Pour parvenir à créer une zone tampon entre les parties, les forces de l’ONU eurent recours à un scénario en quatre phases : deux compagnies remplaceraient les forces serbes sur leur ligne, puis un point de passage serait ouvert entre les troupes ennemies; deux compagnies prendraient ensuite la place des troupes croates, pour ainsi rétablir la ligne du 9 septembre30. L’opération, impliquant un bataillon, débuta au matin du 15 septembre 1993. Alors que les Casques bleus complétaient la première phase du plan, les unités croates, ignorant l’engagement de leurs supérieurs, attaquèrent les pelotons qui gagnaient leurs positions. Au cours de la manœuvre, les troupes de l’ONU constatèrent assez rapidement que les unités croates n’entendaient pas se plier au plan : pendant près de 15 heures, elles seront la cible des tirs d’armes légères, de mitrailleuses lourdes et de canons de 20 mm. Jusqu’alors les victimes indirectes des troupes croates bombardant le secteur sud, les unités de l’ONU se retrouvèrent dans leur mire. Selon le lieutenant- colonel Bailey (alors major), il ne pouvait en aucun cas s’agir d’une bévue : « J’étais absolument convaincu qu’il n’y avait pas d’erreur; elles savaient qu’il s’agissait de troupes de l’ONU [...]. Aucun doute dans mon esprit, c’était impossible31. » Se trouvant ainsi en situation de combat avec des unités de l’armée croate, à une distance qui variait entre 150 et 800 mètres, les Casques bleus se prévalurent alors de leur droit à l’autodéfense en répliquant de façon proportionnée aux tirs croates32.

L’affrontement prit fin à la suite d’une rencontre entre les chefs des opérations croates et ceux de la FORPRONU à Gospic. Il se serait d’ailleurs soldé par 27 pertes du côté croate, un chiffre qui n’est cependant pas reconnu par les autorités de Zagreb. Face à la pression, celles-ci retirèrent finalement leurs troupes du saillant de Medak, non sans avoir fait usage de diverses manœuvres d’obstruction et d’intimidation pour retarder l’avancée des troupes de l’ONU. Un délai qui leur aura permis d’achever leur triste entreprise : la destruction systématique des villages serbes occupés. Malgré les indices de nettoyage ethnique, les forces de l’ONU ne purent intervenir parce qu’elles devaient respecter les arrangements convenus avec les Croates. En dépit de cet échec, l’enquête subséquente des forces de la paix permit, tout au moins, d’inculper trois hauts gradés de l’Armée croate, portant ainsi un dur coup à la réputation du pays.

De son propre aveu, le général Cot avait anticipé la nécessité du recours à la force. Il avait d’ailleurs fait part au commandant du bataillon de ses soupçons lors d’une courte visite, quelques heures avant l’intervention33. Les commandants ont donc choisi de lancer l’opération tout en sachant que l’ordre de se replier n’avait probablement pas été donné aux troupes croates sur la ligne de front. Il était à leurs yeux nécessaire de défendre la mission et de maintenir les soldats sur leurs positions, pour ainsi créer un rapport de force qui permettrait la négociation du retrait croate. Les Casques bleus ont donc utilisé la force pour s’interposer entre les deux belligérants afin de remplir le mandat qui leur avait été confié, adoptant ainsi une interprétation large de la norme d’autodéfense34.

Ancien quartier général de 2PPCLI, Bosnie

Photo by Kathia Légaré and Lisa Tanguay

La maison Medak qui a servi de quartier général pour le 2PPCLI.

Les conditions du recours à la force

Dans le cas de l’Opération du saillant de Medak, les Casques bleus de la FORPRONU ont eu recours à la force pour mettre un terme aux actions de reconquête de l’Armée croate. Grâce à une combinaison de pressions politiques et militaires, de tactiques de négociation et de combat, l’opération a permis de stopper l’escalade de la violence. Il est d’ailleurs assez exceptionnel de voir une réponse aussi bien coordonnée, tant au niveau politique que militaire35. Il s’agissait donc d’une « action offensive de désamorçage36 », et non d’une simple opération de maintien de la paix. L’application réussie de l’entente de Medak est le résultat d’une combinaison de conditions. Un des facteurs qui s’est avéré crucial est sans doute la détermination du commandant à agir afin de restaurer la crédibilité de la mission et son engagement personnel dans l’opération. En effet, le commandant de la force joue un rôle très important en raison de la décentralisation du pouvoir décisionnel en matière d’usage de la force37. Comme le soulignait lui-même le lieutenant-colonel Jim Calvin, « c’est grâce à notre initiative et à nos décisions opportunes que nous avons pu franchir la poche de Medak38 ».

Comme il a été souligné dans le compte-rendu canadien de l’opération, les instructions transmises directement par le commandant de la force au cours de sa visite du 14 septembre ont eu une grande importance, particulièrement la communication de l’intention générale de la mission et des degrés de risques acceptables39. La mise en place d’une chaîne de commandement flexible aura aussi donné aux commandants la capacité de prendre rapidement des décisions. La chaîne normale avait, en effet, été contournée grâce à des arrangements ad hoc, rendus possibles par des circonstances exceptionnelles40. L’exploitation de cette opportunité, reconnue par le commandement de la force, aura aussi été rendue possible par sa capacité à mobiliser et à concentrer rapidement les forces adéquates, c’est-à-dire des troupes suffisamment équipées (plus que les Casques bleus ne le sont normalement) et libres de restrictions nationales officieuses.

Colonel Jim Calvin

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Jim Calvin longtemps après sa promotion au rang de colonel.

Évaluation des répercussions et leçons

Malgré une relative hostilité des Croates envers les troupes canadiennes stationnées dans le secteur, les bénéfices du recours à la force semblent avoir été plus grands que ses inconvénients. Par contre, le recours à la force comporte des risques importants pour la poursuite de la mission et la sécurité des soldats sur le terrain; le danger d’escalade doit toujours être pris en considération, car, en perdant leur impartialité, les Casques bleus peuvent devenir parties au conflit et des cibles éventuelles41, ce qui explique justement le danger des opérations, comme celle de Medak, dans lesquelles on interprète largement la norme d’autodéfense.

En premier lieu, le recours à la force a permis d’assurer le respect de l’entente de Medak; en deuxième lieu, il a démontré au gouvernement croate que la FORPRONU n’entendait pas permettre le règlement du conflit par la force; et, en dernier lieu, il aura contribué à restaurer un tant soit peu la crédibilité de la mission dans son ensemble. Cette démonstration de force a certainement joué un rôle, aussi mineur soit-il, dans la suspension subséquente des activités militaires engagées par la Croatie en janvier 1993. David Last écrit : « les affrontements dans le saillant de Medak contrevenaient à l’entente de retrait. Une prise en main des incidents allait renforcer les accords et réduire la probabilité que de tels incidents ne se reproduisent42. » Bien qu’un contexte plus large explique le changement de stratégie de la Croatie, les négociateurs de l’ONU ont pu tirer profit de l’effet dissuasif de l’application musclée de l’entente de Medak. Par une démarche d’engagement graduel, ceux-ci ont pu obtenir la collaboration des deux parties à un cessez-le-feu global en mars 1994. La mise en application de l’entente a ainsi permis de renforcer temporairement le consentement accordé par les parties lors du déploiement de la force43.

La village de Medak

Photo by Kathia Légaré and Lisa Tanguay

Ce qui reste du hameau Medak.

L’emploi de moyens coercitifs peut avoir des effets positifs sur le déroulement d’une mission de paix, particulièrement s’il est intégré à une stratégie politique ayant des objectifs clairement établis. Il est donc crucial que les tractations politiques soient cohérentes avec la pratique, et vice-versa. En Yougoslavie, l’inadaptation des principes théoriques du maintien de la paix avec les réalités sur le terrain aura mis à mal les doctrines de paix. Développés pour éviter l’escalade de situations de paix relative, ces principes ont été appliqués à un environnement de guerre larvée. L’évolution radicale des conflits durant la décennie 1990 aura pris de court les acteurs du maintien de la paix, alors incapables de faire face aux impératifs militaires sur le terrain, d’émettre des mandats en conséquence et d’adopter des plans permettant une combinaison efficace de capacités de négociation et de combat44. L’opération de Medak est l’un des rares exemples d’adaptation réussie des opérations de paix à cette nouvelle réalité. Grâce à leur initiative, les commandants ont pu contourner les lacunes des doctrines de maintien de la paix. Dans ces circonstances, les variables les plus déterminantes dans la formulation d’une réponse cohérente à un problème de sécurité sont les capacités opérationnelles des contingents et la volonté des individus à agir45. Par contre, le fait est que le leadership des commandants ne peut combler les lacunes doctrinales, car il ne permet pas un recours normalisé et uniforme à la force; une situation susceptible de donner l’impression aux parties que la force est employée de façon arbitraire. L’ONU a donc toujours grand besoin d’orientations claires en cette matière.

Nos remerciements à l’adjudant-maître Steve Campbell, au lieutenant-colonel à la retraite Jim Calvin, au lieutenant-colonel Bryan Bailey et au lieutenant-colonel Michel Villeneuve, qui nous ont aidées dans la préparation de cet article.

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Kathia Légaré est candidate au doctorat en science politique à l’Université Laval et a enseigné au Centre de perfectionnement professionnel des militaires du rang des Forces canadiennes de 2005 à 2006.

Lisa Tanguay est titulaire d’une maîtrise en histoire et enseigne depuis 2005 au Centre de perfectionnement professionnel des militaires du rang des Forces canadiennes à Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec.

Notes

  1. Trevor Findlay, The Use of Force in UN Peace Operations, New York : Oxford University Press, 2002, p. 355.
  2. Findlay (2002), p. 356.
  3. La souveraineté territoriale est effectivement garantie par l’article 2 de la Charte des Nations unies, paragraphe 4.
  4. Trevor Findlay, « The Use of Force in Self-Defence: Theory and Practice », dans Alex Morrison, Douglas A. Fraser et James D. Kiras, Peacekeeping with Muscle: The Use of Force in International Conflict Resolution, Cornwallis : Centre pour le maintien de la paix Pearson, The Canadian Peacekeeping Press, 1997, p. 53.
  5. Findlay (1997), p. 60.
  6. Ibid., p. 55.
  7. Ibid., p. 100.
  8. N. D. White, « The United Nations and the Maintenance of International Peace and Security », Manchester : Manchester University Press, 1990, p. 201, cité dans Simon Chesterman, The Use of Force in UN Peace Operations, New York : Peacekeeping Best Practice Unit, 2004.
  9. Findlay (1997), p. 101.
  10. Ibid., p. 56.
  11. David Last, Theory, Doctrine and Practice of Conflict De-Escalation in Peacekeeping Operations, Cornwallis : Centre pour le maintien de la paix Pearson, The Canadian Peacekeeping Press, 1997.
  12. Conseil de sécurité des Nations unies, rapport no S/23280, p. 5.
  13. Rapport présenté par le Secrétaire général au Conseil de sécurité en application de la résolution 721 (1991) du Conseil de sécurité, rapport no S/23280, annexe III, le 11 décembre 1991.
  14. Dans une lettre datée du 10 décembre 1991 adressée au ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas.
  15. Nouveau rapport présenté par le Secrétaire général conformément aux résolutions 743 (1992) et 762 (1992) du Conseil de sécurité, rapport no S/24600, le 28 septembre 1992.
  16. Last, p. 3.
  17. Findlay (2002), p. 417-419.
  18. Rapport présenté par le Secrétaire général au Conseil de sécurité en application de la résolution 721 (1991) du Conseil de sécurité, op. cit.
  19. Findlay (1997), p. 52.
  20. Findlay (2002), p. 417.
  21. Le pont de Maslenica, le barrage de Peruca, l’aéroport de Zemunik et le plateau Milivaki.
  22. Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 802, janvier 1993.
  23. Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 807, février 1993.
  24. Conseil de sécurité des Nations unies, rapport no S/24600, p. 8.
  25. Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 762, juin 1992.
  26. Entrevue avec le lieutenant-colonel Bryan Bailey, le 16 mars 2006.
  27. Témoignage du lieutenant-colonel (à la retraite) Jim Calvin devant le Comité permanent de la Défense nationale et des Anciens combattants (CPDNAC), le lundi 27 avril 1998.
  28. Ibid.
  29. 2PPCLI Operation Harmony ROTO 2 After Action Report, le 31 octobre 1993.
  30. Ibid.
  31. Entrevue avec le lieutenant-colonel Bryan Bailey, le 16 mars 2006.
  32. « À l’aide de mitrailleuses de .50 et C9, de leurs propres mitrailleuses C7 [...] »; témoignage du lieutenant-colonel Jim Calvin (à la retraite) devant le CPDNAC, avril 1998.
  33. Ibid.
  34. Last, p. 105-107.
  35. 2PPCLI Operation Harmony ROTO 2 After Action Report, le 31 octobre 1993.
  36. Traduction libre de l’expression de David Last, op. cit.
  37. Findlay (2002), p. 354.
  38. CPDNAC, avril 1998.
  39. 2PPCLI Operation Harmony ROTO 2 After Action Report, point 35, le 31 octobre 1993.
  40. Ibid., points 32 et 36.
  41. Voir la remarque de Marrack Goulding, alors Secrétaire adjoint aux affaires politiques spéciales de l’ONU, citée dans Findlay (2002), p. 355.
  42. Last, p. 111.
  43. Idée défendue par Charles Dobbie, « A Concept for Post-Cold-War Peacekeeping », Survival, vol. 36, no 3, automne 1994.
  44. Last, op. cit.
  45. Chesterman, p.3.

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